Interview de VC N°3 : Régis Saleur de Galileo Partners

J’ai interviewé cette semaine, Régis Saleur, l’un des associés du fond Galileo, qui fut historiquement, le premier fond à me faire confiance au sein de Net2one.com en juillet 99.

Nous avons gardé d’excellentes relations, ce qui me vaut donc le plaisir de lui poser quelques questions.

Les anciennes Interviews de VC sont ici : Ouriel Ohayon (LGiLab) & Jean David Chamboredon (3i)

Ma PhotoBonjour Régis, Peux tu te présenter ?

40 ans, Centralien, un parcours à 50% opérationnel (8 ans dans le soft et le service) et à 50% financier (8 ans dans le venture, d’abord co-fondateur et DG de SEEFT Venture puis associé de Galileo)

Qui est Galileo ? Ce fond a t’il une particularité ?

Galileo gère au total plus de 250 m€ qui sont investis à des stades très divers, aussi bien dans des start-up que dans des sociétés plus matures, voire des spin-off ou des opérations de restructuration.

Nous investissons principalement dans le secteur des NTIC et des media mais sommes également actifs dans le domaine de l’énergie et des medtechs.

Peux tu me citer certains de vos succès passés ainsi que les plus belles sociétés de votre portefeuille actuellement dans le monde ? et particulièrement en France ?

Historiquement, pas mal de belles histoires dans l’Internet avec Seloger.com, Aufeminin, Alapage, Rueducommerce ou encore Meilleurtaux.

Dans le logiciel également, les télécoms ou même dans les services informatiques.

Dans les media enfin, avec Sport, l’hebdomadaire gratuit que nous venons après la France de lancer en Grande-Bretagne.

Que penses tu de la mouvance Web 2.0 actuelle ?

C’est la vraie maturité du Net, le pouvoir aux internautes. Mais pour moi c’est avant tout la révolution des media qui doivent renoncer au modèle où le lecteur-spectateur est passif pour aller vers le modèle de concentrateur et d’organisateur des contributions individuelles, mêlant professionnels et amateurs, tant dans le print que dans la vidéo.

Quelles sont les tendances que vous suivez particulièrement en ce moment (Vidéo en ligne ? Shopping 2.0 ?) ?

Dans la plupart des cas, ce qui fait que des start-up Web 2.0 ont été acquises très cher par des majors du Net, c’est leur audience. Difficile de savoir a priori ce qui plaira aux internautes, donc nous observons ce qui démarre et comment l’audience évolue. Personnellement, je m’intéresse plutôt à des cas (rares) où un business modèle existe au-delà de cette seule audience, avec des revenus autres que publicitaires. Tout simplement parce que sur le modèle audience, les US auront toujours un coup d’avance.

Vous avez beaucoup investi dans l’Ecommerce (RDC, Sarenza…). Penses tu que le marché peut voir arriver plusieurs nouveaux acteurs ? N’est ce pas trop tard ?

Oui, c’est possible mais sur des marchés de niche. Au-delà, il ne suffira plus d’innover en vendant des produits que personne n’a jamais proposé sur le Net, il faudra inventer d’autres formes de commerce.

Quel conseil donnerais tu à un entrepreneur qui voudrait se lancer aujourd’hui ?

Ne rien faire tant qu’on n’a pas en tête un service vraiment nouveau et que bon nombre de ses amis trouveraient utile, pratique et surtout fun. Ensuite, prendre le meilleur CTO possible pour offrir quelque chose de performant et de fiable, et le lancer d’emblée dans plusieurs langues avec des visées mondiales. L’Internet, c’est comme l’Open Source dans le soft : ça n’a pas de frontière, du moins tant qu’il n’y pas d’aspects logistiques à gérer.

Que doit faire un entrepreneur souhaitant lever des fonds aujourd’hui ? Prendre un intermédiaire ? Vous contacter en direct ?

Tout est possible même s’il faut reconnaître que rare sont les cas où nous avons investi sur des dossiers reçus par e-mail. Mieux vaut se “recommander” d’un entrepreneur, d’un business angel ou autre connu des VCs.

Quelles sont vos critères d’investissements ?

Un peu les mêmes que tout le monde. Simplement, nous ne nous arque boutons pas sur la présence d’une innovation technologique ou d’un brevet. Nous attachons par contre une très grande importance aux capacités d’exécution de l’équipe. Après, c’est au cas par cas même si nous essayons d’éviter les sujets trop à la mode.

Quel est le plus gros problème que rencontre les sociétés que vous financez ? (Business Model ? Recrutement ? Taille du marché ? Internationalisation ? )

L’internationalisation. Il n’y a pas vraiment de marché européen en B2B ni en B2C, un prospect allemand attache peu d’importance à vos références françaises. Il faut recommencer presque à zéro dans chaque nouveau pays. C’est un vrai handicap. Les projets Internet “dématérialisés” et donc basés sur le développement d’une audience, échappent davantage à ce problème s’ils s’y prennent bien dès le départ pour éviter d’être perçus comme nationaux.

Peux tu nous donner un ordre d’idée des valorisations moyennes des sociétés dans lequel vous investissez ?

Désolé mais ça n’aurait pas de sens, tant c’est différent selon les stades de maturité des entreprises ou même d’un cas à l’autre. Tout est affaire de potentiel de valeur à terme mais aussi de négocation.

Quelle différence y’a t’il entre votre approche depuis la France comparée à celle d’autres VC’s aux Etats Unis ?

Tout va plus vite aux US, les montants investis sont logiquement plus importants, notamment parce que le marché sur lequel opèrent les start-up est plus important. Je pense que les VCs US prennent plus de risques, simplement parce que leurs multiples potentiels sont plus élevés, qui plus est sur un délai plus court. Le cas Sequoia dans Youtube est presque exagérément représentatif…

Techcrunch France a rédigé un article sur les entrepreneurs français se lançant de l’étranger. Que penses tu de cette tendance ? Penses tu qu’ils ont raison ? tort ? Que conseilles tu aux sociétés de ton portefeuille ?
L’article est ici

Je n’en pense pas grand chose. Il y a peut être un petit côté effet de mode. Il est vrai que la France a des handicaps mais des avantages aussi. Certains serial entrepreneurs se sont peut être expatriés pour des raisons… différentes. Sinon c’est les US pour certains domaines, l’Asie pour son côté émergent.

Tu disposes d’un blog (à voir ici) mais ne traitant pas du tout de ton métier…Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a pas que le travail dans la vie! Et puis honnêtement les blogs traitant d’Internet et de start-up sont légions, je ne vois pas trop ce que j’aurais à y apporter de nouveau. Dans le domaine qui me passionne (l’aviation) je raconte mes petites aventures mais qui suis-je pour annoncer les grandes tendances mondiales d’Internet et des NTIC?

Quelles sont les services Internet que tu utilises régulièrement ?

Tous ceux que je connais. Je suis un Internet addict. J’achète tout ce que je peux sur le Net plutôt que dans les boutiques physiques. Et ça dure depuis mon premier abonnement à Compuserve en 1995.

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