Seedcamp 2008 : mon Pré bilan + Conseils aux startuppeurs

Seed CampComme je vous l’avais annoncé, j’ai passé les 2 derniers jours à Londres afin de participer à Seedcamp. (Je suis de retour en Israel avant de revenir à Paris next week)

Seedcamp peut être considéré comme la Star Academy des startups. Une vingtaine de sociétés ont été sélectionnées afin de présenter leur produit qui vient de naitre (en seed) et celles-ci sont coachées pendant 4 jours par les plus grands acteurs de l’internet européen voire mondiale. Les 3 meilleures sociétés qui seront sélectionnées en fin de semaine auront le droit de recevoir un cheque de 50000 euros pour 10% de leur capital.

J’y ai été invité en tant que Mentor afin de coacher certaines d’entre elles. J’adore ce terme Mentor, ça fait super classe, vous trouvez pas ? 😉

Plus sérieusement, j’ai travaillé en binome avec Alex Willcokk, fondateur et PDG de Youniverse, un superbe service permettant de créer son ADN visuel (ce site générerait des dizaines de milliers d’inscrits par jour) afin de travailler avec les startups sur leur produit, leur business model, la manière dont ils devaient approcher le marché.
J’ai beaucoup apprécié Alex, nous étions vraiment un super duo complétement sur la même longueur d’onde. Nous n’avions pas besoin de nous parler pour savoir ce que chacun pensait de ce que l’entrepreneur en face nous disait.

Evidemment, par pudeur, je ne vais pas donner les erreurs des startups que nous avons coachées mais étant donné que les erreurs sont similaires à chaque fois, je vais vous les résumer ici car cela peut servir

1. Il faut que vous puissiez expliquer ce que vous vendez et à qui !

Cela parait simple mais plusieurs sociétés avaient à leur catalogue plusieurs produits, plusieurs offres différentes et lorsqu’elles nous expliquaient ce qu’elles allaient faire, elles basculaient en permanence de l’un à l’autre sans même s’en rendre compte.

Il faut absolument à la création d’une startup que vous n’ayez qu’un produit à vendre. UN SEUL ! et que ce produit soit packagé à 100%. Vous devez savoir à qui vous allez vous adresser très particulièrement sans vous dire “comme je peux vendre ce produit à pleins de secteurs différents, je vais tous les attaquer en même temps”; Je peux vous promettre que d’expérience, ceci est impossible. Vous n’arriverez pas à vous focaliser sur vos ventes et les différents clients de chaque secteur auront tous des besoins différents. Sélectionnez donc UN PRODUIT à vendre à UN TYPE DE CLIENTS ! Celui à qui vous apporterez le plus de valeur ! Soyez “Focus” comme on dit.

2. Avant de lever des fonds, vérifiez que votre produit amène une véritable valeur sur le marché

L’un des entrepreneurs avancait le fait qu’il allait améliorer les taux de conversion des publicités en ligne en permettant des publicités plus ciblées que celle des concurrents (Google y compris donc) au contenu des pages. Lorsque je lui ai demandé de combien sa technologie permettait d’améliorer les taux de clics ou les revenus par rapport à Google, il m’a répondu “on n’a pas encore testé”.

Mon conseil immédiat a été de lui dire : Si vous ne savez pas si vous allez réussir, ne levez aucun fond, même pas de business angels car il est possible que vous allez vous planter complétement. Avant d’obtenir des fonds, vérifiez le concept d’une manière ou d’une autre surtout sur un marché aussi saturé.

3. Votre produit doit être une Killer App avant que vous alliez chercher des partenaires !

Pour ce coup, je vais vous citer le nom de la startup, elle s’appelle Deepmemo. Elle permet de copier via une extension firefox ou IE du contenu depuis n’importe quelle page (incluant photos et vidéos) et de le partager avec des amis. Le but est de remplacer le “copier coller” pour l’échange d’infos entre personnes. Testez le service, il est vraiment très intéressant et dispose de fonctions très pratiques. Le service a généré depuis sa création il y a 6 mois , 4000 utilisateurs qui utilisent tous très assidument le service. Les dirigeants de la société ont dit que leur plan de développement était d’aller proposer cette fonction à des sites partenaires.
Alex et moi leur avons répondu directement : Vous apportez une vraie valeur. Votre service répond à un besoin. Avant d’aller voir qui que ce soit, il faut vous demander pourquoi votre croissance n’est pas beaucoup plus rapide, pourquoi votre service n’est pas viral ?
Nous avons alors fait un tour du service et nous nous sommes rendus compte que leur page d’accueil n’explique pas DU TOUT à quoi sert le service, que la fonction permettant de partager le contenu avec son ami était affichée en tout petit. etc…Il y avait clairement pleins de petites modifications à faire au sein du produit afin de le rendre successful.
De plus, mon avis perso est que ce genre de service n’a absolument pas besoin de fonds pour se développer. Plus d’argent n’accélérera pas sa croissance. Le service pourra cartonner tout seul.

4. Ne vous internationalisez pas trop vite !

L’une des startups nous a indiqué vouloir lever des fonds pour s’internationaliser alors que
1. Elle ne savait pas encore quelle produit elle allait vendre (elle faisait partie de celles qui avaient pleins de possibilités différentes)
2. Elle n’avait aucun business model défini et très peu de clients sur son marché local.

Un énorme conseil aux startups: Faites TRES attention à l’internationalisation de vos services. Cela coute cher, pose beaucoup de problèmes de gestion RH, et vous empéche de vous focuser sur l’amélioration de votre business model et votre produit. Soyez très fort en local avant d’aller voir ailleurs !

5. Une levée de fonds n’est pas nécessaire pour démarrer

Avant d’aller chercher les fonds, allez chercher les clients, vos utilisateurs ! Des fonds ne doivent être là que pour accélérer un développement et non pas le démarrer ! (j’en avais déjà parlé dans un précédent article)

Il doit certainement y avoir d’autres sujets mais voici les 5 points qui sont les plus importants à mes yeux.

Les 2 projets favoris que j’ai vu sont Basekit (une plateforme de développement web ultra simple que j’ai hate de tester)  et Quillp, un service permettant aux auteurs de livre de faire découvrir leurs ouvrages à des lecteurs et aux éditeurs de découvrir le nouveau Harry Potter (en se basant sur les notes des auteurs). Je n’ai pas vu tous les projets en détail. Ubervu me parait aussi très intéressant mais je n’ai pas eu l’occasion de les rencontrer en direct ni de tester leur service.

J’ai eu la chance de croiser au cours de ces 2 jours plusieurs personnes très intéressantes telles que:
– Limvirak Chea – Responsable Bizdev pour Google à Londres et qui gère l’expansion d’OpenSocial en Europe. J’avais déjà croisé Limvirak il y a 10 ans lorsque j’avais donné une conférence sur l’entreprenariat devant des élèves de Centrale dont il faisait partie. Vous l’avez compris, Limvirak est français d’origine et je regrette gravement de ne pas l’avoir interviewé en vidéo. Une autre fois j’espère !

– Christophe Maire qui dirigeant Plazes racheté par Nokia (on s’est à peine croiser). Un français aussi vivant en Allemagne dont le titre est “Head of Social Media – Context Based Service” chez Nokia. La classe non?

– Lorenz Bogaert : PDG et Cofondateur de Netlog l’un des plus grands réseaux sociaux européens existant en des dizaines de langues.

– Kristian Sergerstrale: CEO de Playfish qui concoit des applis se trouvant dans le Top 10 mondial des applis Facebook.

et des tonnes de VC’s…

Evidemment, la mafia du net 2.0 francais était présente: Ouriel (TC France) , Tariq Krim (GenerationMP3/Netvibes), Mikael Benfredj (MyPronostic), Fred Destin (Atlas Ventures) etc.

Très bonne expérience. Merci à Saul Klein de m’y avoir invité…

En donnant des conseils à d’autres, on se rend compte plus facilement des erreurs que l’on serait amenées à faire nous même.

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8 Comments

  1. Merci pour cet article très intéressant, comme d’habitude Jérémie.

    Ton premier conseil parle de rester “focus” (1 produit pour 1 cible). Je suis absolument d’accord. Etant donné qu’il faut bien se développer par la suite, quel indicateur prendrais-tu pour savoir à partir de quel moment une start-up peut commencer à communiquer à d’autres cibles ?

  2. @David: Merci 😉

    Dès que la société génére des revenus sur son premier business et dispose d’une force commerciale rodée, elle pourrait passer à autre chose. Ca se ressent assez facilement. Mais même dans ce cas, il faut d’abord vérifier que l’on a été au bout de la commercialisation de son premier produit et que tout le marché a bien été ciblé. Car il coute bcp plus cher de gérer 2 cibles ou 2 produits ensuite (2 discours, 2 types de développements)

  3. Merci Jérémie pour ces conseil trés trés précieux.
    J’aimerais juste savoir si Seedcamp est aussi ouvert pour les start-up non européenne, par exemple Marocaine? :o)

  4. Merci pour ces conseils, un billet très interessant qui porte à réflexion… Il n’y a pas de secret, pour débuter, il faut rentrer dans une niche, exploser, et ensuite s’ouvrir vers d’autres horizons !

  5. merci Jérémie je vais essayer lors du prochain seedcamp tu ne saurait quand est ce qu’il se tiendra?.

    Qui ne tente rien n’as rien comme on dit :oD

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